Quand Marvel devait apprendre le style maison aux nouveaux dessinateurs, l'éditeur ne leur donnait pas un manuel. Il leur donnait des planches de John Buscema. C'est lui la raison pour laquelle les héros Marvel se tiennent comme ils se tiennent, et pour laquelle une figure dans un comic Marvel des années 70 paraît monumentale plutôt que simplement grande.
Précision utile : on parle d'omnibus VO, les éditions américaines en anglais, pas des rééditions traduites publiées en France.
Reconnaître une page de Buscema
Un dessin de figure classique. Une anatomie fondée sur l'étude réelle, avec un poids correctement réparti et des poses qu'un corps pourrait réellement tenir. Rien n'est simulé dans ses planches.
Des proportions héroïques. Ses personnages sont idéalisés sans être déformés. Ils ressemblent à la meilleure version possible d'une personne plutôt qu'à une planche d'anatomie ou à un dessin animé.
La narration avant le spectacle. De case en case, on sait toujours où se tient chacun. Il était réputé plus soucieux de clarté que d'épate, et c'est exactement pour cela qu'il servait de modèle.
Le drapé et la masse. Capes, manteaux et armures tombent avec un vrai poids. C'est un détail qui sépare ses planches de la plupart de ses imitateurs.
Les volumes Thor
The Mighty Thor Omnibus Vol. 3, 982 pages, suivi de volumes de 784 et 904 pages, couvrent la période où il succède à l'époque fondatrice décrite dans notre guide Jack Kirby.
Succéder à Kirby sur Thor est la tâche la plus difficile de l'histoire du comic, et il n'a pas cherché à imiter. Là où Kirby dessinait les dieux comme des forces de la nature, Buscema les dessine comme de la sculpture classique : même échelle, logique entièrement différente. C'est l'endroit le plus net pour voir les deux approches côte à côte.
Le Silver Surfer
Silver Surfer Omnibus Vol. 1 réunit le run qu'il considérait comme son meilleur travail.
Un personnage sans vêtements, sans détail de visage et sans arme est un problème de dessin extrêmement difficile, et la solution tient entièrement au langage du corps. L'isolement du Surfer se lit à la seule posture, démonstration exacte de la compétence que Marvel a passé des années à faire apprendre aux autres à son contact.
Le reste de l'étagère
Fantastic Four Omnibus Vol. 4, 800 pages, et le Vol. 5, 1 008 pages, couvrent son run sur le titre entre les années Kirby et l'époque de notre guide John Byrne.
Wolverine Omnibus Vol. 2 et Vol. 3 portent son travail tardif sur un personnage bâti très différemment des héros classiques auxquels on l'associe, et Tomb of Dracula Omnibus Vol. 3, 944 pages, le place aux côtés du dessinateur de notre guide Gene Colan.
L'étagère de son frère est traitée à part dans le guide Sal Buscema, et les distinguer compte à l'achat : les styles sont apparentés mais pas interchangeables.
Toute l'étagère est sur la page John Buscema.
Par où commencer
Une seule recommandation : Silver Surfer Omnibus Vol. 1. C'est le travail dont il était le plus fier, il n'exige presque aucune continuité, et c'est la démonstration la plus pure de ce qu'il savait faire avec une figure et rien d'autre.
Si vous le voulez sur un personnage que vous suivez déjà, The Mighty Thor Omnibus Vol. 3 est la meilleure entrée et gagne à être lu après les volumes de Kirby.
Pour qui cette étagère n'est pas faite
Son travail est délibérément sans épate. Aucune case brisée, aucune composition expérimentale et aucune signature stylistique au-delà de la compétence pure : qui collectionne pour l'invention visuelle le trouvera conservateur.
L'écriture de ces volumes appartient aussi franchement aux années 60 et 70 : cartouches denses, dialogues formels, intrigues qui se règlent en deux épisodes. Cette étagère s'achète pour le dessin, et il faut dire honnêtement que les histoires sont la plus petite part de l'attrait.
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