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Marvel

Gene Colan omnibus VO : le guide complet du collectionneur

Le seul dessinateur de Marvel à dessiner avec l'ombre plutôt qu'avec le trait. Quatre volumes de Daredevil et un livre de vampires qui n'aurait pas dû fonctionner.

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La plupart des dessins de comics partent d'un contour que l'on remplit ensuite. Gene Colan ne travaillait pas ainsi. Il dessinait en valeurs, construisant les figures à partir de l'ombre et de la pénombre, et le résultat tient davantage du fusain ou du film en noir et blanc que de tout ce que Marvel publiait à son époque.

Précision utile : on parle d'omnibus VO, les éditions américaines en anglais, pas des rééditions traduites publiées en France.

Cela en faisait le mauvais dessinateur pour les bagarres et le parfait pour tout le reste, et c'est pourquoi son étagère est dominée par deux titres très particuliers.

Reconnaître une page de Colan

Une forme bâtie par l'ombre. Visages et corps émergent de l'obscurité au lieu d'être cernés puis colorés. C'est pourquoi ses originaux étaient réputés difficiles à encrer et pourquoi un mauvais encreur pouvait détruire une planche.

Des angles de cinéma. Il compose par en dessous, par au-dessus, à travers des embrasures, à des angles qui exigeraient de placer une caméra. Très peu de ses contemporains se demandaient où se tenait le lecteur.

Le mouvement comme flou. Les figures en action sont des traînées et des formes superposées plutôt que des poses nettes. Daredevil bouge comme un acrobate en lumière faible parce que Colan dessinait la lumière, pas l'acrobate.

Des visages qui ont un âge. Ses gens ont des bajoues, des rides, une peau qui tombe. Personne dans un comic de Colan n'a l'air d'un athlète sauf s'il en est un.

Le run Daredevil

Daredevil Omnibus Vol. 1, 1 088 pages, ouvre une période qui se poursuit sur trois autres volumes de 800, 1 160 et 976 pages.

C'est le premier Daredevil de référence et le run qui a établi l'allure du personnage en mouvement. Un acrobate aveugle qui se bat la nuit dans une ville de réverbères est le sujet idéal pour un dessinateur qui travaille en valeurs, et cette adéquation entre sujet et technique explique que ces volumes se lisent encore comme modernes.

La réinvention noire ultérieure du personnage est traitée ailleurs sur le blog, mais c'est ici que commence son langage visuel.

Tomb of Dracula

Tomb of Dracula Omnibus Vol. 1 ouvre le run d'horreur, poursuivi dans Vol. 2, 808 pages, et Vol. 3, 944 pages.

Un mensuel sur Dracula publié sous le code américain de la bande dessinée aurait dû être illisible. C'est au contraire l'une des meilleures séries d'horreur du médium, tenue sur soixante-dix épisodes avec le même auteur et le même dessinateur d'un bout à l'autre — une continuité presque inconnue à l'époque.

Colan en est la principale raison. La technique d'ombre qui rendait l'action super-héroïque maladroite fait mouche en horreur gothique, et le livre est réellement atmosphérique plutôt que simplement sanglant.

Le reste de l'étagère

Doctor Strange Omnibus Vol. 2 porte son travail sur le personnage dont l'architecture surréaliste convenait à son approche, et Marvel Universe by Chris Claremont Omnibus, 1 144 pages, contient du matériel qu'il a dessiné aux côtés de l'auteur traité dans notre guide Chris Claremont.

Toute l'étagère est sur la page Gene Colan.

Par où commencer

Une seule recommandation : Tomb of Dracula Omnibus Vol. 1. C'est le livre où sa technique et son sujet s'accordent parfaitement, il n'exige aucune continuité Marvel, et c'est le meilleur argument qu'il faisait quelque chose que personne d'autre dans le métier ne savait faire.

Si Daredevil est votre personnage, le Vol. 1 ouvre le run qui a défini sa façon de bouger.

Pour qui cette étagère n'est pas faite

La question de la reproduction est réelle ici. Ses pages reposent sur des dégradés de valeurs, et l'impression et la couleur d'époque ne les ont pas toujours servies ; une partie de ce matériel paraît plus boueux que l'original ne le méritait. Le grand format relié aide, mais il n'efface pas une mise en couleurs des années 70.

Et l'écriture est de son temps : cartouches abondantes, dialogues explicatifs, intrigues qui se règlent vite. Si vous achetez pour l'histoire plutôt que pour le dessin, d'autres étagères vous serviront mieux. Celle-ci s'achète pour ce qu'elle donne à voir.

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