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Marvel

Ed Brubaker omnibus VO : le guide complet du collectionneur

L'auteur de polar qui n'a jamais vraiment quitté le polar. Les super-héros comme un problème de genre, réglé par des indics et des conséquences durables.

Captain AmericaCatwomanDaredevilEd BrubakerGuide de lectureMarvel

Ed Brubaker écrit du polar. On lui a occasionnellement confié un personnage en costume, et chaque fois il a répondu en écrivant du polar quand même, ce qui s'est révélé la chose la plus durable qu'on ait faite de ces personnages en vingt ans.

Précision utile : on parle d'omnibus VO, les éditions américaines en anglais, pas des rééditions traduites publiées en France.

Son étagère est plus petite que celle des autres grands auteurs modernes présents ici, et c'est celle qui a le meilleur taux de réussite. Il y a très peu de choses simplement correctes dessus.

Ce qui définit son écriture

Des conséquences qu'on n'annule pas. Le comic de genre remet les compteurs à zéro. Pas celui de Brubaker, ou du moins il se comporte comme s'il ne le ferait pas, et la tension qui en résulte fait l'essentiel du plaisir. C'est l'auteur le plus disposé à laisser un personnage durablement changé.

La procédure plutôt que le spectacle. Les intrigues avancent par filatures, indics, dossiers, gens qui passent des accords qu'ils ne devraient pas. Il y a des combats, mais ce sont des conséquences, pas des événements.

Le passé comme antagoniste. Presque chacun de ses runs raconte quelque chose d'enterré qui remonte. C'est la structure du noir, appliquée à des personnages qui disposent de soixante ans de matériel enfoui.

De longues collaborations avec un seul dessinateur. Comme les meilleurs runs de ces étagères, les siens sont des duos restés en place assez longtemps pour développer une langue commune.

Le sommet : Captain America

Captain America by Ed Brubaker Omnibus Vol. 1 ouvre le run qui a réintroduit Bucky Barnes en Soldat de l'Hiver, et se poursuit dans les omnibus couvrant la mort de Captain America, le procès et le retour du Soldat de l'Hiver.

C'est le run dont toute une génération de lecteurs, et une franchise cinématographique très rentable, ont tiré leur version du personnage. Ce qui le fait tenir, c'est le refus de traiter Captain America comme un symbole : c'est un récit d'espionnage sur un homme dont le meilleur ami a été transformé en arme pendant qu'il était congelé, et l'intrigue avance au rythme d'une enquête, pas d'un événement.

C'est aussi, fait rare dans le comic de super-héros, une histoire avec un début, un milieu et une vraie fin à travers ses volumes.

Daredevil, après Bendis

Daredevil by Ed Brubaker Omnibus Vol. 1, 608 pages, et un second volume de 472 pages reprennent immédiatement après le run traité dans le guide Brian Michael Bendis, avec Matt Murdock en prison et une situation déjà irrattrapable.

Reprendre un run célébré est en général une position perdante. Voici l'exception, et la raison tient à ce que Brubaker n'a pas cherché à changer de registre : il a hérité d'un comic policier et a continué d'en écrire un, avec Michael Lark au dessin dans la même tonalité terrienne.

Les années DC

Catwoman of East End Omnibus, 1 064 pages, est le livre le plus sous-estimé de cette étagère. Il refait de Selina Kyle une protagoniste et non un faire-valoir, lui donne un quartier dont répondre, et se lit comme une véritable série policière dont la vedette porte accessoirement un costume.

Batman: Bruce Wayne — Murderer Turned Fugitive Omnibus, 600 pages, et Batman: War Games Omnibus, 1 120 pages, réunissent les crossovers de Gotham de cette période. Soyons clairs : ce sont des événements multi-séries à auteurs tournants, où il est un contributeur parmi d'autres. Ils valent le coup comme portrait d'une époque, pas comme des livres de Brubaker.

Le matériel Wildstorm se tient à l'écart des deux étagères et relève d'un autre pan de sa carrière.

Cet article ne suit pas le stock. La page Ed Brubaker le fait, et place en haut les titres disponibles.

Par où commencer

Une seule recommandation : Captain America by Ed Brubaker Omnibus Vol. 1. Il n'exige aucune lecture préalable, c'est à juste titre son travail le plus connu, et il démontre toute la méthode en une centaine de pages.

Si ce sont les super-héros qui font obstacle plutôt qu'attrait, commencez par Catwoman of East End, ce qui se rapproche le plus d'une série policière pure sur cette étagère.

Pour qui cette étagère n'est pas faite

Le ton est uniforme et délibérément sans éclat. Personne ne s'amuse dans ces pages, la palette est grise et brune par choix, et les plaisirs sont la patience et la récompense plutôt que le spectacle ou l'invention. Si ce que vous attendez du comic de super-héros, c'est l'échelle, la couleur et les idées cosmiques, cette étagère se lira comme une bonne série télévisée que vous n'aviez pas demandée.

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