Jason Aaron vient du comic policier indépendant, celui qui parle de l'Alabama et des réserves amérindiennes, et la première chose qu'on remarque sur son étagère Marvel, c'est qu'il n'a jamais baissé son registre. Il écrit les super-héros sur le ton des récits légendaires : des dieux rancuniers, des hommes qui ne peuvent pas mourir, des vengeances qui durent des siècles.
Précision utile : on parle d'omnibus VO, les éditions américaines en anglais, pas des rééditions traduites publiées en France.
Le résultat est une étagère à l'amplitude de ton inhabituelle. Le même auteur a produit le run Thor moderne le plus suivi et un Punisher qui se lit comme un tribunal pour crimes de guerre.
Ce qui définit son écriture
Échelle mythologique, détail concret. Il écrit le cosmique comme du folklore : des événements énormes décrits dans une langue simple et physique. C'est pourquoi son Thor fonctionne là où les versions solennelles échouent.
Une violence à conséquences. Son action est brutale et rarement amusante. Quand quelqu'un est blessé dans un comic d'Aaron, le livre reste avec les dégâts.
Un humour qui ne dégonfle rien. Il est réellement drôle, et les blagues tiennent dans des livres sérieux sans les affaiblir. Wolverine and the X-Men en est la démonstration la plus nette : une comédie scolaire qui ne cesse jamais de parler d'un homme incapable de vivre.
Des runs longs à arc construit. Son Thor est une seule argumentation étalée sur des années, et la fin était prévue. Bon à savoir avant d'acheter : ces volumes récompensent la lecture dans l'ordre plus que la plupart.
Le run principal : Thor
Thor by Jason Aaron Omnibus Vol. 1, 1 216 pages, et un second volume de 1 368 pages en réunissent l'intégralité.
Cela s'ouvre sur Gorr le God Butcher, personnage bâti sur une idée nette : un homme qui a souffert, a conclu que les dieux méritaient de mourir, et s'est donné les moyens de le faire. Ensuite le run traverse un Thor devenu indigne, Jane Foster qui reprend le marteau tout en mourant d'un cancer, et une guerre qui implique tous les dieux du décor.
C'est le meilleur de l'étagère et l'un des runs de super-héros les plus solides de sa décennie. Cela démontre aussi la thèse : la matière est énorme, mais l'écriture la garde physique et triste plutôt que grandiose.
L'étagère X-Men et Wolverine
Wolverine & the X-Men by Jason Aaron Omnibus, 936 pages, c'est le run scolaire : Logan ouvre un établissement d'enseignement et n'a absolument aucune qualification pour le diriger. C'est le livre le plus drôle de ces étagères, et il parle aussi de deuil.
Wolverine by Jason Aaron Omnibus Vol. 1, 688 pages, et Wolverine Goes to Hell Omnibus, 984 pages, sont l'extrême inverse : horreur pulp, nombreux morts, très peu de réconfort.
L'étagère dure
Punisher Max by Aaron & Dillon Omnibus, 544 pages, est ce qu'il a publié de plus intransigeant chez Marvel, et c'est réellement déplaisant par choix. Achetez-le en le sachant.
Ghost Rider by Jason Aaron Omnibus, 536 pages, et Avengers Forever by Jason Aaron Omnibus, 592 pages, complètent l'étagère : le premier en horreur gothique sudiste, le second en compagnon multiversel de son travail sur les Avengers.
L'étagère complète, avec ce qui peut être acheté à un moment donné en premier, est sur la page Jason Aaron. Son Thor voisine directement avec les époques Kirby et Simonson traitées ailleurs sur le blog, et le contraste de registre est tout l'intérêt.
Par où commencer
Une seule recommandation : Thor by Jason Aaron Omnibus Vol. 1. Il n'exige aucune lecture Thor préalable, l'histoire de Gorr se suffit assez à elle-même pour servir de premier livre, et c'est l'exemple le plus clair de ce qu'il réussit.
Si vous voulez la comédie plutôt que le mythe, Wolverine & the X-Men est la meilleure entrée et demande un peu plus de familiarité avec la distribution.
Pour qui cette étagère n'est pas faite
L'amplitude de ton est l'avertissement honnête. Un lecteur qui arrive de Thor en espérant la même chose trouvera Punisher Max sur la même étagère, et ce n'est pas du matériel voisin : c'est un autre genre avec une autre finalité. Et son goût pour les dégâts fait que ces livres offrent rarement du répit : les personnages sont blessés, le restent, et les fins ont tendance à coûter quelque chose. Si vous lisez du super-héros pour vous sentir mieux après, ce n'est pas l'étagère.
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