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Critique : The Mighty Thor by Walter Simonson Omnibus

Cette période est considérée par de nombreux critiques comme l'une des cinq meilleures séries super-héroïques de l'histoire de la bande dessinée américaine. Walter Simonson a repris Thor en 1983 et l'a réinventé de fond en comble avec Beta Ray Bill, Surtur et des expériences narratives sans précédent.

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Il existe quelques comics qui figurent systématiquement dans toute liste sérieuse des meilleures œuvres du genre super-héros américain. Watchmen. The Dark Knight Returns. Sandman. Et aussi, avec moins de battage médiatique mais une unanimité critique tout aussi grande : le Thor de Walter Simonson. The Mighty Thor by Walter Simonson Omnibus rassemble l'intégralité de cette série.

Le contexte éditorial

En 1983, Thor était une comics en pleine crise d'identité. Elle était publiée depuis près de 20 ans, depuis ses débuts dans Journey into Mystery de Lee et Kirby, mais les dernières années avaient été irrégulières. Le ton shakespearien grandiloquent des années 60 s'était érodé, les scénaristes se succédaient sans cohérence, et le personnage avait perdu de son importance au sein du catalogue Marvel.

Marvel a proposé à Walter Simonson de prendre en charge la série en tant que scénariste-dessinateur, avec une liberté totale. Simonson était un vétéran techniquement respecté, mais sans le poids commercial d’un Frank Miller ou d’un Byrne à l’époque. Il a accepté, et la première chose qu’il a faite était quelque peu inattendue : le premier numéro de son cycle se termine par Thor perdant son marteau, abandonnant son identité, et l’apparition d’un cheval extraterrestre brandissant Mjölnir.

Beta Ray Bill

Beta Ray Bill est probablement le nouveau personnage le plus mémorable jamais introduit chez Marvel. Le postulat de départ était une blague : un cheval extraterrestre brandissant le marteau de Thor. Simonson en a fait un drame cosmique. Bill est le dernier survivant d’une race exterminée, transformé physiquement par les scientifiques de son monde en une machine de guerre pour défendre les réfugiés. Lorsqu’il rencontre Thor, il ne cherche pas à lui voler son pouvoir : il cherche la dignité de prouver qu’il est un véritable guerrier.

Bill s'avère digne du marteau. Thor, en le perdant, doit se demander ce qu'il y a en lui au-delà de l'arme : était-ce la dignité qui faisait de lui Thor, ou le marteau ? Odin, après le duel entre les deux, forge un deuxième marteau pour Bill. Depuis lors, Beta Ray Bill est l'un des personnages les plus appréciés de l'univers Marvel et a eu sa propre série régulière des décennies plus tard.

Surtur et la saga du Ragnarok

Le deuxième grand arc narratif de la série est l'arrivée de Surtur, le géant de feu qui menace de détruire les Neuf Royaumes lors du Ragnarok. Simonson construit la saga sur plus de 30 numéros consécutifs, dessinant chaque page comme s'il s'agissait d'une vitrine : des pages de garde surdimensionnées, des sons intégrés visuellement dans la composition, et une échelle épique que même Kirby n'avait pas atteinte à l'époque.

Certaines scènes de cette saga font figure de référence dans les écoles de comics : l'arrivée de Surtur sur Terre, l'affrontement final avec Odin, le numéro où Odin tombe et où Surtur proclame la fin des dieux. Ce sont des pages que les dessinateurs citent depuis des dizaines d'années comme une influence directe.

Thor la grenouille

Au milieu de cette épopée, Simonson s’autorise un numéro étrange : Thor est transformé en grenouille par un sortilège de Loki. Au cours d’une aventure urbaine à Central Park, une grenouille dotée des pouvoirs de Thor combat des rats d’égout et apprend à survivre dans un monde qu’elle ne comprend pas.

Cela ressemble à une blague absurde. Mais Simonson en fait un commentaire sur l'identité, la fierté et la nature du pouvoir. Et visuellement, la grenouille avec son casque et son marteau est devenue l'une des images les plus reconnaissables de la comics américaine. Cette anecdote résume bien l'auteur : capable de passer de l'épopée cosmique à la comédie absurde sans perdre ni son ton ni son autorité narrative.

Expérimentations visuelles

Simonson a fait dans Thor ce que peu de dessinateurs de super-héros avaient osé faire :

  • Des onomatopées comme éléments structurels : le célèbre « DOOM » typographique qui annonce l'arrivée de Surtur n'est pas un effet sonore, c'est le titre même de l'arc narratif écrit dans la case. La typographie et l'art ne font plus qu'un.
  • Des numéros sans dialogue : des séquences entières où la narration repose uniquement sur l'image et les gestes. Simonson a compris que la comics n'a pas besoin d'un texte continu.
  • Composition en double page : des splashes qui brisent la structure des cases et se transforment en fresques. Aujourd’hui, c’est courant ; en 1984, c’était révolutionnaire.

Ce que contient l'omnibus VO

Le volume rassemble l'intégralité de la série de Simonson sur Thor en tant que scénariste-dessinateur : depuis le début avec Beta Ray Bill jusqu'à la fin après le Ragnarok. Il s'agit d'environ 30 numéros de la période principale, plus les numéros où Simonson est revenu ponctuellement en tant que scénariste (avec d'autres dessinateurs) et du matériel éditorial supplémentaire.

Au total : 1 192 pages de comics réalisées d'une seule main créative. C'est cette cohérence qui rend cette série si spéciale : chez Marvel, il est rare qu'un seul auteur conserve le contrôle total d'un personnage pendant autant de numéros consécutifs.

Points faibles honnêtes

Le style visuel de Simonson ne plaît pas à tout le monde. Si vous venez de la comics moderne réaliste (Jim Lee, Marco Checchetto), Simonson peut vous sembler plus stylisé, avec des anatomies exagérées et des visages moins raffinés. C'est une esthétique des années 80, avec ses conventions et ses limites.

C'est aussi une comics dense. On ne la lit pas en 20 minutes. Les dialogues sont longs (Thor parle sur un ton shakespearien presque tout le temps), les sagas s'étendent sur des dizaines de numéros, et il faut s'armer de patience face au rythme lent de l'auteur.

Verdict

Si vous devez acheter un seul omnibus de Thor, c'est le seul qui mérite cette priorité. Si vous n'avez jamais lu ce personnage, c'est l'omnibus qui va vous convaincre de son intérêt. Et si vous êtes déjà fan, c'est probablement la meilleure version du personnage que vous trouverez sur papier.

Note de la rédaction : c'est une lecture cinq étoiles sans réserve. La plupart des recueils que nous vendons sont recommandés dans leur niche ; celui-ci est recommandé en tant que comics américaine, sans qu'il soit nécessaire d'être fan de Thor ou du genre. Une lecture incontournable.

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